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lundi, 30 novembre 2009

Il n'y a pas de sot métier...

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Ce week-end, j'ai eu besoin des services de porteurs communément appelés « wotro-tigui », pour m'aider à transporter des paquets relativement lourds d'une boutique de Mauritaniens à la voiture avec laquelle j'étais venu les acheter. Cela m'a donné l'idée de vous proposer ce billet qui, je l'espère, pourra ouvrir l'esprit de plusieurs sur une certaine réalité abidjanaise trop souvent négligée.

En effet, les « wotro-tigui » sont des hommes, des Haoussa pour la plus grande majorité venus du Niger, et qui ont décidé de se lancer dans un métier que les jeunes abidjanais trouvent répugnant, mais qui mérite que l'on s'y attarde un peu. Ce sont des personnes qui, à l'aide de quelques planches de fortune et de deux pneus réchappés, construisent une espèce de brouette à deux roues (appelée « wotro »), qui leur sert de véhicule à traction manuelle pour transporter toutes sortes d'objets, contre rémunération. Moussa et Abou, ceux qui m'ont offert leurs services ce jour-là, ont obtenu 400FCFA pour transporter, en un seul voyage, 15 paquets de sachets d'eau sur une distance d'à peine cent mètres.

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En pensant à ce gain, que je trouve tout à fait rémunérateur, je me suis souvenu de cet autre homme, originaire du Niger lui aussi, qui m'a rendu son témoignage lorsque j'étais allé acheter du matériel dans sa quincaillerie. Il m'a confié que, fraichement débarqué de son pays natal, il avait commencé par le travail de « wotro-tigui ». Sur quelques années, cinq si mes souvenirs sont exacts, il a réussi à économiser assez de ressources pour se lancer dans la quincaillerie. Et au moment où il me parlait, il n'avait rien du tout de quelqu'un qui avait passé plusieurs années à suer sous le soleil en transportant des marchandises pour d'autres personnes ! Si vous comptez bien, vous verrez que ces gens-là font facilement un chiffre d'affaires de 3.000FCFA à 5.000FCFA sinon plus par jour. Ajouté à cela le rythme de vie ascète qu'ils mènent (certains ne dépensent pas plus de 500FCFA à 1000FCFA par jour), vous pouvez calculer les bénéfices annuels qu'ils peuvent engranger !

Voyez-vous, ces hommes que l'on trouve étranges, et dont plusieurs jeunes ivoiriens se moquent parfois, nous donnent là une leçon capitale : c'est qu'il n'y a pas de sot métier en ce bas monde, mais plutôt de sottes gens qui ne savent pas mettre à profit leurs potentialités et les opportunités qui pourtant se présentent chaque jour devant elles. On se plaint du chômage endémique en Côte d'Ivoire, alors que plusieurs jeunes diplômés passent chaque jour à côté d'innombrables sources de bénéfices. Je crois que cette situation illogique est due à deux causes majeures.

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La première, c'est que la notion du travail est mal comprise par la plupart des ivoiriens. Aujourd'hui, travailler signifie, pour le jeune ivoirien, avoir une place dans un bureau de l'administration ou être employé par une riche multinationale et recevoir un salaire conséquent. Tout au moins, certains acceptent de se lancer dans l'entrepreneuriat, pourvu qu'ils aient un bailleur de fonds capable de leur assurer un capital de départ permettant de lancer une grosse affaire. Ce faisant, on néglige les « petites » affaires qui peuvent rapporter gros et ouvrir la voie à des affaires encore plus grandes.

La seconde raison, qui est liée à la première, c'est la représentation que l'imagerie populaire a de certains « petits » métiers. On les trouve sales, rabaissants, humiliants... Mais à mon avis, pour un adulte qui jouit de toutes ses capacités physiques et intellectuelles, il n'y a pas plus rabaissant que de devoir attendre son pain quotidien de la générosité d'une tierce personne, fut-elle son parent ou son meilleur ami ! Trouver un métier humiliant, c'est montrer qu'on vit et agit sans objectif ni perspective d'évolution.

On devrait cultiver l'amour du travail et valoriser tous les métiers, en mettant en exergue des personnes ayant commencé par de « petits » métiers et qui s'en sont sorties à bon compte, pour montrer que non seulement c'est possible, mais surtout que ce n'est nullement avilissant. Si nos télévisions et radio pouvaient commencer à creuser de ce côté, elles rendraient un bien grand service à la nation. Pour que l'Afrique avance !

Ch@rlie

Commentaires

Ne nous trompons pas, ceux là (wotro-tigui), ils ne font cette activité chez eux. Tout comme les ivoiriens qui font les travaux de menages (djossi) en Europe. Et, quand vienne les vacances ils créent des embouteillages un peu partout dans la capitale économique du pays avec des véhicules 4X4 loués sur le VGE. Or, au pays ils ne peuvent pas aider leur femme à faire le ménage!
Chaque homme, chez lui (à la maison, au quartier ou au pays) exprime une fierté qui ne lui permet pas de faire certaines activités. Cette erreur instinctive, détruit la jeunesse ivoirienne qui attend et continuera d'attendre l'action providentielle. Yako à la jeunesse africaine en général, qui ne cesse de compter sur les États pour se frayer une place au soleil.

Écrit par : ADAYE | lundi, 30 novembre 2009

bonjour dingui

Avec beaucoup d'attention et une profonde satisfaction j'ai lu cet article relatif au metier de "wotro-tigui".j'étais en année prépa lorsque j'ai découvert ce metier à la faveur d'un exercice de comptabilité.en effet mon prof demanda aux étudiants de reflechir sur la création d'un projet avec ses aspects comptables.ainsi je proposais à mes amis de groupe "le wotro corporation group".ce projet,nous l'avons gracieusement offert au père d'un des nôtres qui partait à la retraite avec de nombreux enfants à charge,sans maison en propre ni de réalisations.deux années après cet ami poursuit ses études en europe et son père est détenteur d'un bâtiment R+2 avec bien d'autres choses.
il fallait investir dans ce projet à l'epoque (1999-2000) la somme de quarante cinq mille franc cfa(45 000 f cfa) pour la confection de trois(03) "wotro" qui rapportaient 4500f/jour soit 1500f/jour / wotro.aprrès trois mois d'activités les wotros devaient être cédés à chaque pousseur pour un montant de 10 000 f.je vous invite à faire ce calcule pour 10 wotro sur deux années!!!!Bien à vous

Écrit par : lable desire d | lundi, 30 novembre 2009

tout simplement génial. je travaille depuis 10 ans dans une grande entreprise de la place qui a pignon sur rue mais je rève de monter ma propre affaire (dans le domaine de l'alimentaire, c'est l'une de mes passions). Cet article m'encourage davantage.

Écrit par : NBC | lundi, 30 novembre 2009

Je vois que le sujet intéresse plus d'un, et j'en suis profondément touché. J'espère que nous pourrons ainsi contribuer à ouvrir les yeux de ceux qui ne voient pas l'argent qui se promène sans propriétaire dans les rues d'Abidjan. Pour que l'Afrique avance !

Écrit par : Charlie | lundi, 30 novembre 2009

l'on pense que ce metier est devalorisant. je voudrais dire tout activité nous permetant d'avoir un peu d'argent pour suvenir a nos besoins n'est pas mauvais.

Écrit par : KOUDOU | mercredi, 09 décembre 2009

"Il n'y a pas de sot métier; il n'y a que de sottes gens".

Adage éternellement vrai et toujours d'actualité.

A méditer !

Écrit par : Blemgbi | samedi, 11 septembre 2010

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